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Etienne de Crécy
posted Jeudi 30.09.2004

Il a fallu attendre 8 ans avant qu'Etienne de Crecy nous offre la suite de Superdiscount. Nos attentes étaient donc hautes. Il faut dire que le premier Superdiscount est devenu très rapidement un véritable classique de la house et qu'ensuite 'Tempo:vision' - album sorti peu après sous son propre nom - était fort réussi aussi. Ici non plus, nous n'avons pas été déçus: Superdiscount 2 est une véritable bombe de dancefloor. Il nous fallait donc avoir une petite discussion avec cette figure emblématique de la musique électronique française. C'est avec une Kwak à la main qu'il nous a reçus. Après la première gorgée, il nous annonce avec le sourire: 'C'est du sérieux, vos bières'. Voilà une interview qui commence bien...

Comment es née l'envie de faire une suite à Superdiscount?
Cela s'est fait tout naturellement, je n'avais pas en tête de faire une suite. Cela fait un an que je bosse sur mon prochain album. Il sera signé Etienne de Crecy et comportera de vraies chansons, sur un fond electro bien sûr. Trouver des collaborateurs m'a pris pas mal de temps et, j'ai donc composé des morceaux dancefloor entre-temps. Alex Gopher, mon voisin de studio, m'a filé un coup de main. Et puis au fur et à mesure, je me suis rendu compte que l'esprit dans lequel j'ai fait ces morceaux était le même que celui avec lequel j'ai fait Superdiscount. Cela a germé dans mon esprit et puis je me suis dit: faisons une suite!

Tu dis que l'esprit est le même, pourtant ils sont tous les deux musicalement fort différents.
En effet, le 2 est beaucoup plus radical. Pourtant, en 1996, le premier était radical aussi. A l'époque du premier, la musique électronique n'était pas encore fort commercialisée. J'avais donc produit Superdiscount sans aucune pression, ni de la maison de disque, ni de quoi que ce soit. J'ai pu le faire en toute liberté. Au moment où j'ai composé le deuxième, partout autant de moi les gens disaient que la musique électronique était morte, que le rock était de retour. Il n'y avait donc plus aucune pression commerciale non plus. J'ai pu donc écrire en toute liberté, comme le précédent. Voilà pourquoi ils ont été produits dans le même état d'esprit.

L'album est beaucoup plus rythmé que le précédent, une vraie succession de hits pour discothèques...
C'est vrai, dans le précédent, il n'y avait que 'Prix Choc' que j'arrivais à jouer en club. Ici, je peux pratiquement tous les insérer dans mes sets, à deux ou trois exceptions près. J'en suis très content d'ailleurs, car depuis que je compose de la musique électronique, il n'y en a pas beaucoup de morceaux typés 'club'.

On y trouve aussi des influences plutôt actuelles, il sonne assez electro par exemple, mais avec aussi un net retour à l'acid house.
C'est tout à fait vrai. Et cela pour plusieurs raisons. D'abord, j'ai découvert la techno par l'acid. Mes premières soirées auxquelles j'allais étaient des raves goa-trance, avec de la musique acid. C'est vraiment sur le son bassline que j'ai flashé. Quand j'ai commencé à faire de la musique, je me suis acheté un sampler et je n'ai pas réussi à m'en servir. Donc j'ai composé avec deux outils: la TR-808 et la TB 303. J'ai d'ailleurs fait plein de morceaux... J'allais en studio avec Philippe Zdar (la moitié de Cassius, ndlr), on mettait le tout dans la console et on s'amusait comme des fous. C'était assez inaudible d'ailleurs, mais radical et expérimental (rires). Et puis j'ai progressé, utilisé mon sampler. Ensuite, j'ai changé d'outils, j'étais un peu saoûlé... Par après j'ai eu de nouveau envie de revenir un peu aux sources. Par contre, en ce qui concerne le côté electro sur l'album, c'est certainement dû au fait qu'à l'époque où j'ai composé les tracks, j'écoutais beaucoup d'electro. Nous étions au début du revival electro et c'était pour moi le style qui était le plus créatif du moment. J'ai voulu utiliser ces influences, mais en y ajoutant une ambiance festive.

Le nom des morceaux sont tous des programmes d'échange de musique. Pourquoi?
Les titres du premier formaient une blague, en référence à des slogans de discount. Ici, sept années ont passé et il fallait aller encore plus loin.

Quelle est d'ailleurs ta philosophie par rapport au phénomène mp3?
Disons que ma philosophie est scindée en deux: celle du consommateur et celle de l'artiste. En tant que consommateur, je trouve ça super, j'utilise ces programmes. Attention, je pense aussi qu'on downloade ce qu'on n'achète pas. Je trouve également que c'est bien pour les étudiants qui n'ont pas beaucoup d'argent. Quand j'étais jeune, je faisais d'ailleurs la même chose, mais avec des cassettes, que j'enregistrais à partir de la radio. Et c'est avec ces cassettes que j'ai obtenu une culture musicale. Si j'avais dû acheter tout ce que j'écoutais, je n'aurais jamais pu composer de la musique. Impossible, cela m'aurait coûté trop cher. Par contre, en tant qu'artiste, je pense que la musique ne peut pas être gratuite, car le danger réside dans le fait qu'elle serait sponsorisée par de grandes marques. Celles-ci payeraient alors les droits d'auteur aux artistes. Imagine que tu ne puisses plus choisir les titres de tes morceaux par exemple, que tu doives les appeler selon les envies de ces grandes marques. Ce serait catastrophique...



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