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Andrew Weatherall
posted Vendredi 04.03.2005

Les moins de 20 ans le connaissent pour son tout récent et très bon mix 'Fabric 19' et via 'From The Double Gone Chapel', dernier album des Two Lone Swordsmen où le punk et les guitares ont remplacé l'electro cérébrale. Les plus âgés ont apprécié tout au long des années 90 une foule de maxis signés sous une multitude de pseudonymes, dont le plus connu reste Sabres Of Paradise. Les grands anciens se souviennent enfin de son travail carrément révolutionnaire. Andrew Weatherall fut en effet le premier à mixer indie-rock et acid-house sur les remixs désormais classiques de My Bloody Valentine ('Soon') et Primal Scream ('Loaded'). Une légende nous parle...

Andy, oublies un moment ta modestie et dis-nous ce que ça fait d'avoir fait partie de pas mal de mouvements majeurs de la musique britannique depuis plus de 15 ans (post punk, acid house, Madchester, Heavenly Social, techno et electro, Fabric...)?
(rires) Okay, oublions la modestie! Ca me plaît évidemment beaucoup de penser que je fais d'une certaine façon partie de l'histoire musicale. Quand j'étais gamin, c'est ce dont je rêvais. J'étais fasciné par le succès et le glamour, les vêtements que portaient des stars comme Bowie ou les Clash, l'effet qu'avaient leurs musiques sur les fans. Finalement, je ne suis jamais devenu une star mais ça ne me frustre pas, je préfère continuer à faire mon truc sans rien devoir à personne.

Si Sabres Of Paradise ou Two Lone Swordsmen n'ont jamais été sur le devant de la scène, certains de tes remixs pour Primal Scream ou les Happy Mondays ont eu un succès non seulement commercial mais même carrément social...
Oui, je suis un type chanceux qui s'est souvent retrou-vé au bon moment au bon endroit. Il y a de ces moments où j'ai été plus exposé qu'à d'autres. Mais le succès est trop distrayant, il t'éloigne des studios et des fans et ça ne m'intéresse pas. Je ne pourrais jamais enregistrer de disques destinés à marcher pour une grosse compagnie. D'ailleurs, le premier mec qui me dit quoi faire, je lui démolis son bureau tellement je peux virer dépressif à travailler pour des systèmes qui ne me conviennent pas. Je n'ai cela dit pas la haine de l'aspect commercial. Pour garder la possibilité de sortir des trucs underground, je consens parfois à des remixs plus mainstream. C'est amusant, pas contraignant, je reçois de l'argent pouvant payer les artistes dont j'ai la responsabilité. J'ai sorti énormément de choses sous pseudonymes, des trucs très confidentiels et puis, des disques plus faciles à dégotter qui ont eu un certain écho.

Tu aimes brouiller les pistes... Two Lone Swordsmen était réputé pour une electro froide et plutôt cérébrale jusqu'au dernier album, qui fait plutôt écho à Joy Division et Cure...
Tout se barre vite en couilles quand tu commences à penser pour qui tu fais de la musique. Avec Keith (ndr: Tenniswood, alias Radioactive Man, moitié des TLS), on réfléchit énormément aux aspects techniques de nos disques mais pour la composition, il faut que ce soit spontané et cela reste principalement ce que nous voulons nous-même entendre. On se fiche pas mal de la manière dont on est perçus, ce qu'on attend de nous... Il y a quelques années, Keith avait par exemple été convié à programmer un set dub, ce dont il avait très envie. Il s'est alors rendu compte que tous les disques dub qu'il possédait dataient d'il y a quelques années et qu'il n'aimait rien de ce qui était plus récent. On s'est donc décidé à fabriquer notre propre dub. Pareil pour le dernier Two Lone Swordsmen: on a fait des chansons à guitares parce que c'est ce que nous avions envie d'entendre.

Ce n'est pas ce qui manque pourtant avec le succès actuel de groupes comme The Liars, les productions DFA, etc...
Ces groupes que tu cites sont très valables mais je ne me sens pas plus proche d'eux que d'autres, dont les influences sont pour moi trop évidentes. Il y a trop de trucs actuellement —je ne vais pas citer de noms— où la seule chose que tu entends, ce sont des cerveaux en train de réfléchir à la meilleure façon de copier les vieux Gang Of 4. Ce qui était génial avec les Happy Mondays, c'est qu'aucun
d'entre eux n'avait jamais écouté Can alors qu'ils en étaient pourtant musicalement très proches. Ils avaient même un morceau qui s'appelle 'Hallelujah', putain! Comme l' 'Halleluwah' de Can, presque la même rythmique, en plus... Ils l'ignoraient. J'aime ça, cette innocence, cet enthousiasme...

On connaît ton obsession du look, le tien et celui des artistes qui t'inspirent. Que penses-tu de l'influence de plus en plus grande des milieux de la mode sur la musique?
C'est de façon générale assez négatif. Quand la mode transforme les gens en personnages qui n'ont rien à voir avec ce qu'ils sont vraiment ou devient pour certains plus importante que la politique, c'est vraiment nul. Moi, c'est le style qui m'obsède, pas la mode. Quelqu'un de très conservateur au niveau vestimentaire peut montrer beaucoup plus d'individualisme qu'un type portant un t-shirt flambant neuf des Ramones. Se fringuer rock & roll est devenu trop facile. Il suffit de passer une demi-heure dans quelques boutiques de n'importe quelle rue principale de n'importe quelle ville pour en ressortir avec la panoplie complète de Johnny Thunders ou Nancy Spungeon. C'est nul.



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