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Compuphonic
posted Jeudi 29.11.2007

La Flandres a toujours été avant-gardiste en musique électronique. C'était sans compter l'arrivée d'une nouvelle génération de producteurs venus du sud du pays. Les Loulou Players, Jona, Spirit Catcher et bien sûr Maxime Firket aka Compuphonic. Moult maxis sur Dirty Dancing Records, récemment signé, avec Kolombo chez Turbo (le label de Tiga), du haut de ses 24 ans, Compuphonic a représenté nos couleurs au Sonar cet été, ainsi qu'aux Eurockéennes de Belfort. Et pourtant, l'un de ses meilleurs souvenirs cet été reste le festival Les Ardentes, car il se sentait chez et lui, entouré par les siens. Nous on aime cette philosophie! Entretien cordial autour d'une bière dans un café bruxellois avec un passionné qui ne mâche pas ses mots...

Pourquoi le violoncelliste que tu étais s'est intéressé à la musique électronique?
J'ai suivi une formation classique. Mais il faut te dire qu'avant la musique électronique, je me suis dirigé vers le rock. Je me suis consacré à l'electro pour le côté festif mais surtout l'énergie que ce style renferme. Quand tu assistes à un concert de classique, tout le monde reste assis pour terminer en applaudissant de manière frénétique. En soirée, les gens dansent et oublient le reste.

Ta démarche musicale est-elle la même?
J'essaye de garder ce côté hypnotique, cette énergie, tout en ajoutant des émotions avec un côté mélodique. Lorsque tu y arrives, tu fais frémir une petite corde à l'intérieur de toi. Avec le violoncelle, qui est un instrument monophonique, ta note doit impérativement sonner juste. En musique électronique, j'essaye de trouver la note, la mélodie magique qui fera vibrer tout le morceau.

On remarque ces derniers mois l'émergence d'une véritable scène wallone, avec les Loulou Players, Jona, Spirit Catcher et toi bien sûr...
C'est marrant que tu parles de ça... Car on vient de tous se rencontrer. Nous avons passé une soirée un peu magique ensemble, à un festival où je m'étais occupé de la programmation musicale. J'avais invité Fabrice Lig, Kolombo, Spirit Catcher... On a terminé la nuit dans une tente à boire des verres jusque 6 heure du mat'. On a bien discuté et l'on s'est vraiment rendu compte qu'on était sur la même longueur d'onde. On s'est dit qu'on allait essayer de travailler plus ensemble. J'avais déjà commencé une collaboration avec Kolombo (la moitié des Loulou Players, avec qui Maxime a sorti un maxi et un maxi digital sur Turbo, le label de Tiga, NDLR) mais depuis, j'ai travaillé une semaine en studio avec Jean Vanesse (la moitié de Spirit Catcher) et le mois prochain, j'attaque avec Fabrice Lig. Une chose est sûre: on s'apprécie tous très forts, on a tous la même vision du monde de la nuit, basée sur la passion. On n'est pas là pour l'image ni la mode... Le plus intéressant reste donc à venir.

C'est paradoxal que tu dises ça alors que tu es résident au Dirty Dancing, club où le glamour et la mode sont très présents.
C'est vrai... Ceci dit, je pense que Renaud (aka Cosy Mozzy) m'a avant tout choisi pour mes qualités musicales. Et même si le paraître y est important, il y quelque chose de primordial au Dirty: la sélection est faite sur la fidélité des gens (ils viennent d'engager un physionomiste, NDLR). Et ça je trouve ça vraiment bien.

Revenons à Fabrice Lig. Je suis très curieuse de voir ce que ça va donner avec lui. Car même si vous avez un style fort différent, il y a une vraie similitude au niveau des mélodies...
C'est un honneur pour moi de travailler avec lui. J'ai un respect immense pour lui, Fabrice est quelqu'un avec une réelle patte harmonique. On reconnaît son son, son style, ses accords, directement. Au niveau production cela risque d'être très intéressant aussi, car on est de deux écoles différentes, lui plutôt de l'ancienne avec beaucoup de hardware, plein et de synthés; et moi de la nouvelle, très software.

Tu travailles exclusivement avec un ordinateur, rien d'autre?
Non, j'ai aussi quelques synthés et plusieurs machines, mais l'ordinateur est vraiment le chef d'orchestre de mes compositions.

Je sais que tu as eu un déclic le jour où tu as entendu le premier album de Daft Punk. Ed Banger est à son apogée mais aussi très controversé. Que penses-tu du phénomène Justice toi?
J'ai écouté l'album, que j'ai reçu pour mon anniversaire d'un ami. Je trouve que c'est très bien produit, mais il manque la touche innovante. Daft Punk sonnait neuf, sonnait Daft Punk. Attention, je ne dis pas que je n'aime pas, mais Justice sonne Daft Punk. Quand Trentemoller a sorti ses premiers maxis, il a mis une claque à tout le monde. On s'est tous demandé comment il faisait pour obtenir un son pareil. Et ça j'admire. Il n'y en a pas beaucoup qui arrive à faire cette prouesse: on part maintenant dans cette direction-là, on ouvre une nouvelle porte. Le problème c'est qu'il y a plein de suiveurs. C'est la même chose avec la minimale. Une fois qu' un style devient hype, plein (trop) de productions suivent. Prends par exemple Magda, elle fait ça super bien, rien à dire, mais ce n'est pas elle qui a défriché le travail derrière. Idem pour Justice. Ceci dit, pour en revenir au son Ed Banger, je dois dire que je m'y intéresse aussi. J'ai compris, au niveau de la production, quelle méthode ils utilisaient pour obtenir un son saccadé. Ce n'est pas pas un truc de sorcier incroyable, c'est une méthode de production assez simple. Dans mes collaborations avec Montevideo, j'utilise parfois des petits passages un peu teintés de ça tout en gardant ma consistance artistique.

Parlons-en justement de ta collaboration avec Montevideo... Là tu es parti dans une direction différente.
Oui, ça sonne plus comme 'The Raptures' ou comme la scène DFA. C'est un projet electro-rock, un style que j'ai toujours adoré sans avoir pu l'occasion de m'y concentrer. Voilà maintenant qui est chose faite.

Et ta collaboration avec Kolombo?
C'est un vrai mariage d'amour (rires), je pense qu'on va continuer à bosser ensemble les dix prochaines années. Il faut dire qu'on se complète très bien: lui est un maître des rythmes, il crée des lignes de basses qui massacrent, un tueur des beats si tu préfères, et moi j'adore les mélodies. De plus, nos méthodes sont différentes, alors forcément, on se bouscule l'un l'autre et on adore ça.

Tu veux encore plus t'ouvrir musicalement?
J'ai vraiment un projet qui me tient à coeur et qui se met doucement en place. Du jazz electro, qui mélangerait du cuivre, une batterie acoustique avec des sons électroniques, pour donner un résultat très planant. Ce concept sera complètement personnel, je resterai fidèle à moi-même et je tiendrai pas compte des avis des autres. Il s'agit uniquement de me faire plaisir (rires). Tant que je continue à avancer tout va bien!

On ne s'inquiète pas pour toi!



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