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The Black Dog
posted Vendredi 09.05.2008

The Black Dog est un projet techno légendaire qui doit sa renommée à ses productions sur Warp (entre autres). Deux des membres du projet ont quitté cette formation pour fonder le tout aussi culte Plaid. Après un long break musical, le dernier membre restant du groupe, Ken Downie, a trouvé de nouveaux partenaires en la personne des frères Dust. Nous avons appelé Martin Dust pour parler de leur tout nouvel album 'Radio Scarecrow'.

En 1999, nous étions sans nouvelles du groupe. Jusqu'à la sortie de 'Silenced' en 2005: un nouvel album réalisé par le groupe lui-même et avec une nouvelle formation. Quelles étaient les raisons de l'éclatement du groupe et de ce long silence?
Martin Dust: Les raisons classiques, j'imagine. Des divergences de vue artistiques, une lassitude par rapport aux tournées, des personnes qui évoluent différemment, rien de spécial à vrai dire.

A-t-il été difficile pour votre jeune frère Richard et vous de convaincre Ken de reformer The Black Dog?
On a un peu usé de notre force de persuasion, c'est vrai, mais on se connaît depuis quinze ans. On fait de la musique ensemble depuis 2002, mais il a fallu attendre encore un peu avant que 'Silenced' ne voie le jour (rires).

Comment travaillez-vous en studio?
En fait, nous avons chacun notre propre studio, en plus d'un petit studio à Sheffield où se trouve la plupart du matériel. Il nous arrive de 'jammer' pendant des heures sur un morceau. Nous développons nos idées sur nos machines chacun de notre côté, nous enregistrons et puis nous analysons le résultat. Cela n'a pas d'importance si ce n'est pas parfait, tant mieux même (rires). Nous avons aussi un serveur que nous utilisons comme une espèce de 'scrapbook'. Nous y mettons la musique sur laquelle nous avons travaillé en solo, les autres pouvant ensuite prendre le relais et retravailler le morceau. Nous y laissons toujours un petit mot sur notre état d'esprit au moment où nous avons créé ces tracks, éventuellement des photos, des infos sur les livres que nous avons lus à ce moment-là, parfois aussi des morceaux d'autres artistes que nous avons trouvés démentiels. De cette manière, nous avons toujours la possibilité de se remémorer l'histoire qui se cache derrière ces vieux morceaux.

L'année dernière, vous avez resorti sur Soma tout votre travail datant de la période pré-Warp.
Oui, en effet, pour deux raisons. Tous nos vieux contrats étaient arrivés à échéance et les droits nous étaient donc tous revenus. De plus, le groupe n'avait jamais perçu un seul euro sur les recettes engendrées. Il nous a semblé qu'il était grand temps de rectifier le tir et de remasteriser le tout.

Pensez-vous que la nouvelle génération de fans de M_nus connaît encore The Black Dog?
Aucune idée, et honnêtement, je n'y ai jamais pensé. Je pense que nous ne pouvons qu'espérer que certaines personnes nous découvriront encore. Notre vocation n'est pas de faire de la musique pour plaire aux gens, nous faisons simplement la musique que nous voulons faire, une musique futuriste en d'autres termes! Tant mieux si les gens apprécient notre travail. Il y a des disques de M_nus que je trouve certes intéressants – Bpitch est un bon label par exemple – mais le meilleur côtoie aussi le pire.... Je remarque que l'on copie énormément en ce moment, et c'est déplorable car cela montre que nous n'avons rien appris de la période de la loopy techno fin des années quatre-vingt-dix.

Quels producteurs actuels peuvent compter sur votre approbation?
Claro Intelecto et Andy Stott, qui sont chez Modern Love. Et Monolake que je viens de voir en concert et qui m'a vraiment bluffé.

Voir de vieilles branches comme vous se démener autant pour le label Dust Science me ravit. Vous postez vous-mêmes des releases sur fora, tamponnez et numérotez vous-mêmes des pochettes de disques, gérez le webstore... D'où tenez-vous cette énergie et cette motivation?
(rires) Lorsque vous avez appelé, j'étais justement en train de mettre un nouvel arrivage de tampons, 1028 pour être précis – et oui, je les ai comptés (rires). J'aime ça, cela me rend heureux... En ces temps numériques, une pochette de disque reste encore un bel objet, qui veut encore dire quelque chose à certaines personnes, et c'est la raison pour laquelle je le fais.

Pourtant vous avez choisi Soma pour sortir votre second album 'Radio Scarecrow'. Pourquoi?
Tout d'abord parce que nous pensions que le nouveau matériel de The Black Dog n'avait pas sa place sur Dust Science en termes de son, mais aussi parce que Soma dispose d'un réseau de distribution bien plus grand et meilleur. De plus, nos collaborateurs sont tout bonnement des hôtes incroyables: nous sommes sur la même longueur d'ondes et ils ne nous disent pas ce que nous devons faire, contrairement à Warp.

En quoi 'Radio Scarecrow' est-il différent de 'Silenced'?
En fait, 'Silenced' nous a permis de trouver une méthode de travail. Cela prend un peu de temps avant de former une bonne équipe. Cet album est plus cinématographique et 'laid back', selon moi. On entend que nous nous connaissons bien mieux à présent. 'Radio Scarecrow' se concentre aussi davantage sur de lourdes basses, les fréquences très basses. D'ailleurs, nous en étions parfois physiquement malades en studio (rires).

Ces lourdes basses cacheraient-elles une certaine colère?
Non, je ne pense pas. Quoi que la musique reflète bien évidemment la ville de Sheffield. Une ville assez proche de Detroit: là ce sont les voitures, ici c'est la métallurgie qui a périclité. Le taux de chômage est élevé et les autorités ne font que construire des appartements que personne ne peut s'offrir. Donc dans ce sens, peut-être bien, car je m'insurge contre tout cela naturellement.

Voilà qui nous amène au titre, radio épouvantail, que devons-nous comprendre derrière ce titre?
(rires) Il n'y a pas grand chose à comprendre en fait. Je conduisais ma fille de six ans à l'école lorsqu'elle s'est écriée 'look, it's radio scarecrow'. Elle parlait de William, un original, qui marche dans les rues de Sheffield depuis au moins 25 ans une vieille radio à l'épaule ; il est connu de tous. J'ai trouvé ce surnom intéressant et l'ai toujours gardé dans un coin de ma tête, le titre vient de là (rires).

J'ai lu que l'album contenait des messages cachés, vous pouvez nous en dire davantage?
(rires) Oui, nous y avons glissé quelques jurons qui s'adressent à des personnes que l'on n'apprécie pas beaucoup. Et nous sommes bien décidés à leur en envoyer un exemplaire (rires)! Peut-être se sentent-ils inconsciemment un peu coupables (rires).



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